12. Retraite : pension universelle à 1 700€ net

La retraite n'est pas une récompense. C'est un droit. Ce manifeste le rend universel, lisible et financièrement honnête : 1 700€ nets par mois pour tous, sans CSG-CRDS prélevée sur ce montant, sans condition de statut antérieur, sans régime spécial.

État des lieux avant réforme

Les données DREES 2025 (données fin 2023-début 2024) donnent le cadre de référence :

  • Pension de droit direct moyenne : 1 666€ bruts fin 2023 (1 541€ nets), 1 705€ bruts fin 2024 (environ 1 570€ nets). Médiane nette : 1 560€/mois
  • Écart hommes-femmes persistant : 1 306€ bruts pour les femmes contre 2 089€ pour les hommes (écart 37-38%, réduit à 25% avec la réversion)
  • Âge moyen de départ : 62 ans et 9 mois (2023)
  • 17,2 millions de retraités au 31 décembre 2024 (INSEE)
Décision retenue : retraite universelle à 1 700€ nets/mois pour tous les retraités, sans distinction de statut antérieur. Ce montant est net : aucune CSG ni CRDS n'est prélevée dessus. Financement par l'impôt général et la suppression des régimes spéciaux.

Chiffrage budgétaire consolidé

ParamètreSystème actuel (2024)Manifeste Liberté 27Différentiel
Retraités (base)17,2 millions17,2 millions (2027)=
Pension moyenne/médiane nette1 570€ moy. / 1 560€ méd.1 700€ universelle+130 à +140€/mois
CSG-CRDS sur pensionsOui (6,6 à 8,3% selon revenu)Supprimée sur la pension universelle+80 à +140€/mois récupérés
Masse annuelle~345 Md€/an (DREES 2024)17,2M × 1 700€ × 12 = 350,9 Md€/an+5,9 Md€/an
Économies de gestion (régimes unifiés)~3,5 Md€/an de coûts administratifs multi-régimesRégime unique-2 Md€/an (récupérés)
Impact net estimé+3,9 à +5,9 Md€/an selon la vitesse d'unificationAbsorbable
Pension nette mensuelle : comparaison avant/après réforme
Médiane nette actuelle
1 560€
Pension universelle programme
1 700€ nets
Pension moyenne femmes (2023)
1 196€ bruts → 1 700€ nets
Masse actuelle (DREES 2024)
~345 Md€/an
Masse cible (17,2M × 1 700€ × 12)
~351 Md€/an

La réforme revalorise fortement les petites pensions (la quasi-totalité des femmes, les carrières courtes ou hachées). Elle plafonne les pensions actuellement les plus élevées au niveau universel, le complément restant possible via la capitalisation individuelle préalablement financée. Sources : DREES panorama retraites 2025, INSEE 2024, COR rapport 2024.

Point politique à assumer : c'est une redistribution nette des hauts vers les bas revenus de retraite. Les pensions aujourd'hui inférieures à 1 700€ (majorité des retraités) sont revalorisées. Celles supérieures sont plafonnées au niveau universel, sauf capitalisation individuelle. Ce n'est pas une mesure neutre : c'est un choix délibéré.

Sources : DREES, Panorama des retraites 2025 ; INSEE, estimations population et retraités 2024 ; COR, rapport annuel 2024 ; CNAV, données cotisants 2024.

Complément par capitalisation individuelle

Le régime universel à 1 700€ nets est le socle public. Il ne plafonne pas le pouvoir d'achat en retraite : ceux qui ont épargné par capitalisation individuelle pendant leur carrière (PER, assurance-vie, fonds de pension privé) perçoivent leur complément en sus. Cette part est intégralement financée par l'épargnant lui-même, sans impact sur le budget public.

  • Maintien et encouragement des Plans d'Épargne Retraite (PER) individuels, avec abondement fiscal maintenu dans les plafonds actuels
  • Aucun transfert de cotisations obligatoires vers la capitalisation : le pilier public reste répartition pure
  • Transparence obligatoire sur les frais des produits de capitalisation : obligation d'affichage du taux de frais global annuel (TFG) sur tout document commercial
  • Les salariés peuvent abonder leur PER sur la durée de leur carrière sans contrainte de montant, dans la limite des plafonds fiscaux
Ce que ce manifeste ne fait pas

Il n'y a aucune obligation de capitalisation, aucun transfert de cotisations sociales vers des fonds privés, aucune mise en concurrence du pilier public. Le modèle chilien de privatisation des retraites (1981) a produit des pensions médianes inférieures à 40% du salaire moyen après 30 ans de carrière. C'est la preuve empirique que la capitalisation obligatoire n'est pas un substitut à la répartition. Elle en est le complément volontaire.

Source : OCDE, pensions outlook 2023 ; Commission présidentielle retraites Chili 2022.

Âges de départ à la retraite

55
ans — Carrières pénibles
Voir grille de pénibilité ↓
62
ans — Taux plein standard
pour toutes les autres carrières
70
ans — Âge limite absolu
Interdiction de travailler au-delà

Principes

  • 55 ans : départ possible pour les carrières répondant à la grille de pénibilité. Pas d'obligation de partir à 55 ans : c'est un droit, pas une contrainte. La pension est la même : 1 700€ nets.
  • 62 ans : taux plein universel pour tous ceux dont la carrière ne remplit pas les critères de pénibilité. Pas de décote, pas de surcote, pas de trimestres à justifier : le régime est universel.
  • 70 ans : interdiction absolue d'exercer toute activité professionnelle rémunérée après 70 ans, qu'on soit retraité ou non. Tout contrat de travail signé après cet âge est nul de plein droit. Objectif : libérer des postes pour les actifs et les jeunes entrants sur le marché du travail.
  • Retraite = sortie définitive et irréversible : une fois les droits liquidés, aucun retour au travail rémunéré n'est possible (CDI, CDD, mission de conseil, micro-entreprise). Seules les activités bénévoles non rémunérées sont autorisées.

Sources : OCDE — âges de départ à la retraite comparés 2023 ; DARES — espérance de vie en bonne santé par PCS 2023 ; COR — rapport annuel 2024.

Grille de pénibilité — départ à 55 ans

La grille est construite avec les partenaires sociaux (syndicats, patronat, médecins du travail) et révisée tous les 5 ans par décret. Elle est multi-critères et cumulative : un seuil de points déclenche le droit au départ anticipé.

CritèreModalitéPoints attribuésSource de référence
Travail de nuit récurrentAu moins 120 nuits/an pendant 5 ans ou plus3 pts/anDARES, définition travail de nuit
Port de charges lourdes>15 kg de façon répétitive (>600 fois/jour)3 pts/anINRS, grille TMS 2022
Postures contraignantesGestes répétitifs, positions forcées >2h/jour2 pts/anINRS, CARSAT
Exposition aux agents chimiquesClassés CMR (cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques)4 pts/anANSES, liste CMR actualisée
Nuisances sonores>81 dB(A) sur 40h/semaine2 pts/anDirective 2003/10/CE, Code du travail
Amplitude horaire>10h/jour habituel, travail en 3x82 pts/anDARES enquête conditions de travail
Travaux agricoles saisonniers intensifsExposition climatique, pesticides, machines3 pts/anMSA, sinistralité agricole 2023
Sinistralité professionnelle imputableArrêts maladie professionnelle >30j cumulés2 pts/arrêt reconnuCPAM, tableaux MP
Seuil de déclenchement : 50 points cumulés sur carrière = droit au départ à 55 ans. 75 points = départ possible à 52 ans (cas extrêmes : mines, amiante, travaux de démolition). Grille complète à valider par décret après concertation sociale. Lien vers la page pénibilité dédiée (à créer)

Sources : DARES — enquête conditions de travail 2023 ; INRS — tableaux de pénibilité ; MSA — sinistralité agricole 2023 ; ANSES — liste agents CMR 2024 ; Code du travail, articles L.4121-1 et suivants.

Pension de réversion

La pension de réversion est versée au conjoint survivant (marié ou pacsé) sans condition de ressources propres. Elle est dégressive dans le temps : fort soutien immédiat, autonomisation progressive.

100%
Années 1 et 2
après le décès
75%
Années 2 à 5
après le décès
50%
Au-delà de 5 ans
à vie

En chiffres : la pension de réversion est calculée sur la base des 1 700€ universels. Le conjoint survivant perçoit donc 1 700€ les 2 premières années, 1 275€ de l'an 2 à l'an 5, puis 850€/mois à vie, cumulables avec sa propre pension s'il en a une.

Chiffrage de la réversion (base 2027)
Bénéficiaires actuels de la réversion
4,4 millions (DREES 2024)
Montant moyen réversion actuelle
~760€/mois
Réversion cible (50% long terme)
850€/mois
Impact sur la masse totale
+0,4 Md€/an (estimé)

Sources : DREES, pensions de réversion 2024 ; COR, rapport annuel 2024, chapitre réversion.

Démographie du régime : flux entrants, sortants, décès

Comprendre la dynamique financière d'un régime de retraite, c'est suivre deux flux opposés : ceux qui entrent (nouveaux retraités chaque année) et ceux qui sortent (décès). L'écart entre les deux détermine si la population retraitée gonfle ou se stabilise.

Flux annuels estimés (base 2024-2027)

IndicateurValeur estiméeMéthodeSource
Population retraitée totale17,2 millions (2024)Recensement CNAV + régimes complémentairesINSEE, DREES 2024
Espérance de vie à 65 ans22,5 ans (hommes 20,4 / femmes 24,5)Tables de mortalité INSEE 2022-2024INSEE, tables de mortalité 2024
Sorties annuelles par décès370 000 à 395 000 / an17,2M ÷ 22,5 ans = 764 000 / 2 (les deux sexes ont des durées différentes). Méthode directe : taux de mortalité 65+ (2,15% / an) × 17,2MINSEE, DREES
Nouvelles liquidations annuelles750 000 à 800 000 / anGénérations atteignant 62 ans (génération 1962-1965 : ~800 000 naissances) × taux de survie à 62 ans (~96%)INSEE projections de population
Solde net annuel+360 000 à +430 000 retraités/anEntrées ~780 000 minus sorties ~380 000Calcul Liberté 27 sur bases INSEE/DREES
Population retraitée projetée 2040~20 millions+380 000/an × 13 ans à partir de 17,2MINSEE projections 2021-2070
Population retraitée projetée 2070~22 à 23 millionsRalentissement après 2050 (baby-boom épuisé)INSEE projections 2021-2070

Décès annuels dans la population retraitée

Le calcul est le suivant : 17,2 millions de retraités × taux de mortalité moyen de la tranche 65+ = 2,15% / an (INSEE, tables de mortalité 2022). Résultat : 370 000 à 395 000 décès de retraités par an en France (2024-2027). Ce chiffre augmentera à mesure que les baby-boomers vieilliront, pour atteindre un pic estimé entre 430 000 et 460 000 décès annuels vers 2040-2045, avant de se stabiliser.

Ce flux de sortie libère chaque année une masse de pension qui doit être réallouée aux nouvelles liquidations. C'est le mécanisme naturel de l'équilibre du régime.

Pourquoi ce chiffre est rarement communiqué

Les données de mortalité des retraités existent (INSEE, DREES, CNAV) mais elles ne sont jamais présentées en termes budgétaires de flux entrant/sortant dans le débat public. Ce manifeste choisit de le faire explicitement parce que comprendre la mécanique démographique d'un régime de retraite est indispensable pour en évaluer la soutenabilité. Ce n'est pas morbide. C'est la condition d'un débat honnête.

Sources : INSEE, tables de mortalité 2022-2024 ; INSEE, projections de population 2021-2070 ; DREES, panorama retraites 2025 ; CNAV, statistiques annuelles 2024.

Projection financière 2027-2070 : masse à financer

Le graphique ci-dessous projette la masse financière annuelle du régime de retraite sous 3 scénarios : la trajectoire actuelle, le manifeste Liberté 27 à 1 700€ nets, et un scénario de vieillissement démographique accéléré (hypothèse haute INSEE).

Vue :
351 Md€
Masse 2027
~380 Md€
Masse estimée 2040
~385 k/an
Décès retraités/an (2027)
+390 k/an
Solde retraités/an

Méthodologie : population retraitée initiale 17,2 millions (INSEE 2024). Flux entrants : générations arrivant à l'âge de départ (données INSEE projections 2021-2070). Taux de mortalité 65+ : 2,15% initial, progression selon tables INSEE. Pension universelle : 1 700€ nets × population × 12. Scénario actuel : 345 Md€/an base 2024, progression de 2% / an. Scénario vieillissement accéléré : hypothèse haute INSEE (solde migratoire bas, fécondité 1,6). Sources : INSEE projections 2021-2070 ; DREES panorama retraites 2025 ; COR rapport annuel 2024.

Questions et objections

1 700€ nets sans CSG-CRDS : comment c'est financé ?

La suppression de la CSG-CRDS sur les pensions est compensée par trois mécanismes : la suppression des coûts de gestion multi-régimes (économie estimée à 2 Md€/an), l'augmentation légère des cotisations patronales dans les secteurs à faible pénibilité et forte rémunération (mécanisme de solidarité inter-secteurs), et l'élargissement de l'assiette cotisante via la croissance de l'emploi issue des autres réformes du manifeste (emploi, formation, industrie). Le surplus net est de l'ordre de +4 à +6 Md€/an, financé par l'impôt général dans le cadre du bilan global.

Pourquoi interdire de travailler après 70 ans ?

L'objectif est double. D'abord, libérer des postes pour les actifs et les jeunes entrants sur le marché du travail. Chaque poste occupé par une personne de plus de 70 ans est un poste qu'un actif de 25 à 40 ans n'occupe pas. Ensuite, garantir que la retraite à 1 700€ nets est suffisamment digne pour que personne ne soit contraint de travailler au-delà de cet âge pour joindre les deux bouts. Si la pension est adéquate, l'interdiction n'est pas une contrainte mais une libération. Les exceptions : le bénévolat, les mandats électifs non rémunérés, et les activités artistiques ou intellectuelles sans lien salarial.

La grille de pénibilité n'est-elle pas ingérable en pratique ?

L'actuel C2P (Compte Professionnel de Prévention) est effectivement jugé trop complexe par les organisations syndicales et les employeurs. Ce manifeste le remplace par une grille à points, co-construite avec les partenaires sociaux, basée sur des critères objectifs mesurables (dB, kg, nuits, etc.) et auditables par le médecin du travail. La différence avec le C2P : les points sont acquis automatiquement à partir des données de la fiche de poste validée, sans que le salarié ait à les revendiquer lui-même. Le renversement de la charge de la preuve est la clé. Sources : rapport IGAS sur le C2P, novembre 2022.

La réversion dégressive pénalise-t-elle les veuves ?

Non, pour deux raisons. D'abord, le point de départ est 100% de 1 700€ pendant 2 ans : c'est nettement supérieur à la réversion actuelle (environ 54% de la pension du défunt, soit en moyenne 760€/mois). Ensuite, le plancher à 50% à vie (850€/mois) est cumulable avec la propre pension du conjoint survivant. Une femme qui perçoit sa propre pension universelle de 1 700€ et la réversion de 850€ dispose de 2 550€/mois. C'est un niveau de vie nettement supérieur à la situation actuelle pour les veuves de faibles revenus.

Le système est-il viable à horizon 2070 avec le vieillissement démographique ?

La projection montre une masse à financer passant de 351 Md€ en 2027 à environ 420-440 Md€ en 2070 (scénario central), soit une progression de 20 à 25% sur 43 ans. En valeur constante, et sous réserve d'une croissance du PIB de 1 à 1,5% / an, la part des retraites dans le PIB resterait autour de 13 à 14% (vs 13,5% aujourd'hui). Ce n'est pas une catastrophe démographique : c'est une transition gérée, à condition de maintenir un haut niveau d'emploi et de productivité. Le vrai risque n'est pas le vieillissement : c'est le chômage de masse qui réduirait les cotisants.