En bref — Industrie
  • Relocalisation industrielle dans les secteurs stratégiques : santé, énergie, alimentation, défense
  • Aides d'État conditionnées à des engagements de production sur le sol français
  • Marchés publics réorientés vers les producteurs locaux, clauses sociales et environnementales
  • Stock stratégique de masques : 10 Md d'unités, coût ~1 Md€/an, approvisionnement européen

20. Relocalisation industrielle : sortir de la production en Asie

Échelle du sujet, à connaître avant toute annonce

  • Importations françaises totales en 2025 : 703,6 Md€ (douanes françaises)
  • La Chine représente à elle seule près de 60% du déficit commercial français en biens en 2025
  • Chine et Hong Kong : produits informatiques/électroniques/optiques 19,6 Md€, habillement en hausse (+7%), produits pharmaceutiques en très forte hausse (+131% entre 2024 et 2025, de 1 à 2,3 Md€)
  • Effet de contournement déjà à l'oeuvre : les importations françaises en provenance du Vietnam (+14%), d'Indonésie (+16%) et du Cambodge (+14%) progressent fortement en 2025, essentiellement textile et électronique, probablement en partie de la réexportation chinoise déguisée
  • Ce chiffre ne couvre que la Chine et Hong Kong. Le Japon, la Corée du Sud, Taïwan et l'ensemble de l'ASEAN (Vietnam, Indonésie, Cambodge, Thaïlande, Malaisie...) s'ajoutent, sans qu'un total unique "Asie" ait été trouvé dans les sources consultées

Ce que ça implique concrètement

  • C'est, de très loin, la mesure la plus lourde de tout ce manifeste, plus large que le budget défense, plus large que l'ensemble des chiffrages déjà posés dans ce document
  • Secteurs directement concernés : électronique grand public, textile/habillement (déjà traité section 21), jouets, électroménager, meubles, et une part croissante et sensible du médicament (principes actifs pharmaceutiques largement fabriqués en Chine et en Inde, sujet de souveraineté sanitaire directement lié à la section 7 santé)
  • Tension à assumer explicitement : relocaliser fait mécaniquement monter les prix (main d'oeuvre, énergie, normes environnementales et sociales françaises plus coûteuses), ce qui entre en tension frontale avec l'objectif de panier alimentaire à 100€/mois et de prix bas de la section 21. Les deux objectifs (relocaliser ET faire baisser les prix) ne sont pas compatibles sur les mêmes produits en même temps
  • Calendrier réaliste : une relocalisation industrielle sérieuse se compte en années, pas en mois (construction d'usines, formation de la main d'oeuvre, recréation de chaînes de sous-traitants). Aucun gouvernement occidental n'a réussi ce type de bascule en un seul mandat de 5 ans à l'échelle démontrée ici
  • Lien avec la section 19 (international) : cohérent avec la fin des traités de libre-échange hors UE déjà posée, mais implique aussi de repenser les règles OMC et la politique commerciale commune de l'UE, pas seulement une décision française unilatérale
  • Financement non traité ici : aucune ligne budgétaire de ce manifeste ne couvre les aides à la réindustrialisation (crédits d'impôt, garanties d'État, formation) nécessaires pour rendre la relocalisation réellement possible plutôt que déclarative

Médicaments : relocalisation européenne et stock stratégique

  • Chiffres officiels (Commission européenne 2021, Sénat, ANSM) : 80% des principes actifs pharmaceutiques (API) des médicaments tombés dans le domaine public sont produits en Inde et en Chine, contre 80% produits en Europe dans les années 1990. La bascule est totale en 30 ans
  • La France importe environ 71% de ses médicaments, la Chine (22,7%) et l'Inde (19,9%) étant les deux premiers fournisseurs (ANSM, dernières données disponibles)
  • Cas emblématique : le paracétamol n'a plus aucun site de production de principe actif en France depuis la fermeture du site Rhodia en 2008
  • 93 principes actifs ne sont aujourd'hui plus produits par aucune entreprise européenne, plaçant l'Europe en dépendance totale sur ces molécules
  • Décision retenue : produire le maximum de médicaments en Europe, et non uniquement en France. L'échelle de souveraineté pharmaceutique est européenne, pas nationale : un principe actif produit en Allemagne, en Espagne ou en Hongrie vaut autant qu'un principe actif produit à Lyon du point de vue de la sécurité d'approvisionnement. Le pilotage se fait au niveau de l'Union, via l'HERA (Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d'urgence sanitaire), avec la France en moteur de la coordination industrielle européenne. Objectif opérationnel : d'ici 2035, produire sur sol européen au moins 80% des principes actifs des médicaments critiques listés par l'HERA, contre un niveau actuel proche de 20%
  • Conséquence directe d'une interdiction ou d'une taxation lourde sans alternative de production : risque de pénurie aggravée à court terme, sur des médicaments parfois vitaux (antibiotiques, anticancéreux, produits utilisés en anesthésie), le temps de recréer une filière (un site de production de principe actif ne se construit pas en quelques mois). Approche retenue : liste de médicaments critiques prioritaires pour la relocalisation, calendrier progressif par filière, pas une interdiction généralisée à date fixe
  • Lien direct avec la section 7 (santé) : ce volet est piloté conjointement avec le plan santé sur 5 ans, pas traité isolément comme une mesure commerciale

Stock stratégique de masques chirurgicaux

  • Décision retenue : maintenir un stock actif de 10 milliards de masques chirurgicaux, distribuables chaque année aux hôpitaux, EHPAD et structures de soin. Le stock est renouvelé annuellement (rotation sur la durée de péremption des lots), pas constitué une fois pour toutes
  • Chiffrage du coût de stockage annuel : un masque chirurgical de qualité conforme NF EN 14683 (type II ou IIR) coûte de l'ordre de 0,10 à 0,15€/unité en approvisionnement massif, d'après les données douanières et les appels d'offres hospitaliers post-2020. Stock de 10 milliards d'unités : achat/renouvellement annuel estimé à environ 1 à 1,5 Md€/an (coût d'acquisition), hors logistique, stockage physique et renouvellement partiel. Valeur retenue pour le bilan : 1 Md€/an, à affiner avec une étude logistique dédiée (EPRUS/SGDSN)
  • Condition de souveraineté retenue : ces masques sont approvisionnés en priorité auprès de fabricants européens, cohérent avec l'objectif de relocalisation pharmaceutique et industrielle ci-dessus. Un cahier des charges d'appel d'offres européen, piloté par l'HERA, est le vecteur naturel
  • Conséquence à assumer : la France a liquidé l'essentiel de ses stocks stratégiques de masques FFP2 et chirurgicaux entre 2010 et 2018 (rapport IGAS 2021, décision contestée depuis la crise 2020). Cette mesure ne recréé pas simplement un stock : elle inscrit dans la loi un niveau minimum permanent et un mécanisme de rotation garantissant que le stock ne soit jamais périmé ni dilué par des économies budgétaires successives

Questions fréquentes

Comment relocaliser sans protectionnisme prohibé par l'UE ?

Via les instruments autorisés : conditionnalité des aides d'État (les aides publiques sont légales dans l'UE si elles ne faussent pas la concurrence — condition applicable ici), clauses sociales et environnementales dans les marchés publics (légales sous réserve de non-discrimination), et critères d'attribution pondérant la localisation de la production. L'UE a déjà élargi ces possibilités avec le NZIA (Net-Zero Industry Act) et les marchés publics verts.

Pourquoi reconstituer un stock stratégique de masques ?

La France a liquidé l'essentiel de ses stocks de masques FFP2 et chirurgicaux entre 2010 et 2018 (rapport IGAS 2021). En 2020, le manque de masques a contraint à rationner les soignants pendant des semaines. Ce manifeste inscrit dans la loi un stock minimum permanent de 10 Md d'unités, avec rotation garantissant qu'il ne soit jamais périmé. Coût estimé : 1 Md€/an, approvisionnement prioritairement européen.

Quels secteurs sont vraiment à risque de dépendance stratégique ?

Quatre secteurs documentés : santé (80% des principes actifs pharmaceutiques produits en Asie), énergie (panneaux solaires à 90% chinois, batteries à 60% coréennes/chinoises), alimentation (semences, engrais à 40% importés), défense (composants électroniques). La crise COVID et la guerre en Ukraine ont rendu ces dépendances politiquement inacceptables.